Deux ans après sa création, le conseiller en investissement financier (CIF) adopte un modèle de rémunération fondé sur des honoraires fixes, connus à l’avance et indépendants des produits recommandés. Une rupture avec les pratiques dominantes du secteur, encore largement financé par les rétrocommissions.
“C’est le sens de l’histoire”, avait déclaré il y a quelques mois Pierre Marin, cofondateur et directeur général de RockFi lors d’une conférence de presse. C’est maintenant d’actualité. Le conseil en investissement financier (CIF) et courtier en assurances, a annoncé ce mardi l’adoption d’un modèle économique fondé sur les honoraires et non plus sur les rétrocommissions, comme c’est le cas pour plus de 90 % des conseillers en gestion de patrimoine. Les journalistes en ont été informés le matin avant l’organisation d’une soirée à l’Automobile Club de France, baptisée RockFi Acte I.
Une nouvelle étape
“Vingt-quatre mois après sa création, RockFi franchit une nouvelle étape dans son ambition d’incarner une nouvelle gestion privée en annonçant le déploiement d’une tarification fixe, connue à l’avance et décorrélée des produits recommandés. Une évolution majeure dans un secteur encore largement dominé par la rémunération par rétrocessions”, est-il indiqué dans le communiqué de presse.
RockFi entend ainsi devancer les évolutions réglementaires européennes, déjà décidées il y a plusieurs années au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, et répondre “aux attentes croissantes d’investisseurs en quête de transparence, de lisibilité et d’un alignement clair des intérêts entre client et conseiller”.
“En gestion privée, aujourd’hui encore, le conseil n’est pas facturé directement au client mais rémunéré via des commissions intégrées aux produits. RockFi fait le choix d’un modèle clair : une tarification fixe, indépendante des produits recommandés, connue à l’avance et identique quelles que soient l’allocation ou les enveloppes utilisées. Le conseil redevient un service assumé, lisible et pleinement aligné avec l’intérêt du client”, déclare le dirigeant..
« Iriez-vous consulter un médecin dont la rémunération dépend des médicaments qu’il prescrit ? Évidemment non. Le médecin est payé sur la base d’un tarif connu, indépendant des traitements prescrits. Il est temps que la gestion privée adopte un modèle transparent, pleinement aligné avec l’intérêt des clients », déclare Pierre Marin, cofondateur et directeur général de RockFi.
Environ 1 % des avoirs
Cette commission atteindrait environ 1 % des avoirs sous gestion des clients. Ces derniers auront ainsi accès aux produits via des parts dites “clean shares”, c’est-à-dire sans rétrocommissions ni surcouches invisibles. “Cette approche permet notamment de redonner toute leur place aux produits dépourvus de rétrocommissions, comme les ETF (Exchange Traded Funds), lorsqu’ils constituent la solution la plus pertinente”, indique Rockfi.
Cette offre est désormais accessible sur l’ensemble des enveloppes, comme les assurances-vie françaises et luxembourgeoises en partenariat avec Generali, CNP Assurances et Wealins, et les comptes titres avec Nortia et Swissquote Bank Europe. “Cela concerne environ 90 % des investissements de nos clients”, a indiqué Pierre Marin. Deux exceptions subsistent : le private equity souscrit en direct et certains produits structurés. “Des solutions sont en cours de déploiement afin de les intégrer sans renoncer à l’alignement d’intérêts”, indique le CIF. Les clients auront toutefois le choix de demeurer sur un modèle de rétrocommissions s’ils le souhaitent.
RockFi ne communique pas sur ses encours sous gestion. Le CIF affiche néanmoins ses ambitions et sa volonté de doubler de taille cette année en multipliant par deux le nombre de ses conseillers. Le fintech en compte aujourd’hui 50 implantés dans 18 villes françaises. Ils accompagnent plus de 800 familles, pour un minimum d’environ 250 000 euros d’encours.
Payer n’a rien d’intuitif
Cette croissance s’appuie notamment sur une levée de capitaux de 22 millions d’euros, réalisée auprès de trois fonds de capital-risque. Il s’agit de Varsity, le fonds de Didier Valet, ancien numéro deux de la Société Générale, de Kerala, dirigé par Antoine Freysz, un des business angels les plus actifs de la place, et de Partech, un acteur de référence du venture en Europe. Jusqu’à présent, ces ressources ont notamment permis à RockFi de constituer une équipe d’ingénieurs en technologie, dont la plupart sont d’anciens collaborateurs de Qonto.
Le succès de cette initiative de RockFi n’est toutefois pas garanti, alors que l’écosystème financier fonctionne encore aujourd’hui sur un système de rémunération par rétrocession, qui donne aux investisseurs une illusion de gratuité. “Payer des honoraires n’a rien d’intuitif pour un client français”, expliquait la semaine dernière Claire Bourgeois dans une interview à Finascope. L’ancienne directrice générale de Crédit Mutuel Asset management a fondé l’an dernier Alpha Conseils Co, un CGP dont le modèle économique est également fondé sur les honoraires. “Construit autour des rétrocessions, le système n’est pas prévu pour les CGP indépendants. Cela signifie que les contrats d’assurance ou les comptes-titres sans rétrocessions ne sont pas faciles à trouver. Un CGP indépendant, rémunéré exclusivement par honoraires, évolue dans un environnement qui n’a pas été conçu pour ce modèle économique. Par conséquent, sa croissance risque d’être moins rapide qu’anticipé”, poursuivait-elle..