D’abord tentée par Francfort, Morgan Stanley préfère Paris

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(Crédit : Dimitry Anikin-Pexels). Kyril Courboin (JP Morgan) : “Certains ont réalisé que Francfort était une ville très financière dans un pays décentralisé".

La banque américaine annonce le développement d'un centre de recherche et la croissance de ses équipes parisiennes de front office (matières premières, emprunts d’Etat, prime brokerage). Comme elle, JP Morgan a envisagé d’autres implantations avant de concentrer ses activités de marché à Paris.

Dès 2017, la cause était entendue : Morgan Stanley avait choisi Francfort pour installer son nouveau siège dans l’Union européenne. Toute la presse reprenait le discours assumé ou "en off" des responsables de la banque américaine. Les équipes de trading et de back office pouvaient commencer à déménager vers la capitale de la Hesse, qui apparaissait comme la grande gagnante du Brexit. 

Aujourd’hui, tout a changé. Comme JP Morgan, qui emploiera 800 personnes en France fin 2022, Morgan Stanley s’est laissée séduire par Paris. Il y a un mois, Finascope indiquait qu’une centaine de collaborateurs allait rejoindre les effectifs parisiens de la banque d’ici à l’été.

300 collaborateurs fin 2023

Dans une interview donnée au Figaro cette semaine, Emmanuel Goldstein, directeur général de Morgan Stanley France, déclare que la banque comptera 300 collaborateurs fin 2023, contre 150 aujourd’hui. Francfort, qui servira finalement surtout au marché allemand, est reléguée au rang de “hub continental pour les activités de régulation”, en raison de la proximité avec la BCE. Pour le front office, c’est-à-dire l’ensemble des activités commerciales et de trading, c’est Paris.

Emmanuel Goldstein ajoute que les desks de matières premières et de négociation sur emprunts d’Etat vont rejoindre la capitale, avec des transferts d’équipes de Londres et des recrutements locaux. La banque développera aussi un pôle de prime brokerage pour accompagner l’arrivée de hedge funds, dont les rangs se garnissent sur les bords de la Seine.

Enfin, cerise sur le gâteau, Morgan Stanley créé à Paris un centre mondial de recherche appliqué pour les activités de marché. L’annonce a été relayée hier vers les médias sous la forme d’un mémo interne, qui ressemble fort à un communiqué de presse:  

Réservoir de talents

Nous sommes très heureux d'inaugurer ce nouveau centre à Paris, où il sera ancré dans l'immense réservoir de talents en mathématiques et en sciences quantitatives présent sur le marché français. Nous nous attendons à ce que le Centre se développe de manière significative dans les années à venir, en attirant des talents exceptionnels et en offrant des opportunités de relocalisation au sein même de Morgan Stanley”, commente le document. 

Destiné à faciliter une collaboration fluide entre les services Technologie, Strats et nos activités de Sales & Trading, le centre sera aligné avec notre vision d'une banque d'investissement globale et intégrée et assurera la fourniture de solutions de pointe à nos clients", ajoute Ted Pick, Co-President/Head of Institutional Securities Group de Morgan Stanley

Si” le réservoir de talents en mathématiques” a compté dans le choix parisien de la banque, les décisions de relocalisation post-Brexit font intervenir de très nombreux facteurs, comme l’indiquait Kyril Courboin, le président de JP Morgan en France le mois dernier dans une interview à Finascope

5 villes analysées

Nous avions analysé 5 villes avant de prendre notre décision : Amsterdam, Francfort, Dublin, Luxembourg et Paris. Nous nous sommes d’abord orientés vers l’Irlande, en pensant que la proximité géographique et linguistique faciliterait les déplacements. Mais après avoir analysé tous les critères en termes d’infrastructure, de qualité de vie, d’écoles, la technologie, le haut débit, le stockage des données dans le cloud, etc... nous nous sommes rendu compte que Paris était la seule ville comparable à Londres. Francfort compte 600.000 habitants, Luxembourg, 100.000. C’était plus difficile d’y déplacer des familles internationales”, indiquait-il avant de préciser à propos de Francfort:

Certains ont réalisé que c’était une ville très financière dans un pays décentralisé, où les conjoints peuvent rencontrer des difficultés pour trouver un job dans un autre secteur d’activité”.

Régime des impatriés

La fiscalité du travail pèse également très lourd lorsqu’il s’agit de prendre une décision qui engage ses équipes de talents sur le long terme. Or, d’après les simulations réalisées par Deloitte, le régime des impatriés mis en place en France fait souvent pencher la balance du côté de Paris, qui s’avère plus avantageuse en termes de salaires nets que les autres places financières européennes, quel que soit le montant des rémunérations (entre 150.000 et 500.000 euros) ou la situation familiale (célibataire ou marié avec enfants).

Ce cadre fiscal s’applique pendant 8 ans aux dirigeants ou aux salariés, y compris de nationalité française, qui n’ont pas été domiciliés fiscalement en France au cours des 5 dernières années.

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